Comment la structure du récit peut t’aider
Que tu écrives avec ou sans plan, et quel que soit ton genre littéraire
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Pendant près de 20 ans, j’ai écrit sans penser consciemment à la structure de mes histoires.
Certes, à l’école, j’avais étudié le schéma narratif classique, et j’en avais sans doute intégré les concepts d’élément déclencheur et de dénouement. Après tout, ça tombe sous le sens qu’un évènement doit démarrer le récit, lui donner une raison d’être, et qu’un autre doit le clore, lui donner une raison de prendre fin.
Mais, au-delà de ça, ce n’est pas une structure que j’avais adoptée. L’idée que tout le milieu d’un récit est rempli de « péripéties » ne m’aidait pas beaucoup — peut-on être plus vague? 🤷
Et, très vite inspirée par le cinéma, j’avais l’intuition que tous les récits ne gagnaient pas à commencer par une séquence établissant formellement la situation initiale (ni à finir sur une autre séquence consacrée, elle, à la situation finale). De plus, j’ai toujours eu de la facilité à imaginer les débuts; aussi, je n’ai jamais recherché d’aide, de modèle de ce côté-là.
Durant mon adolescence, j’ai ainsi commencé un nombre incalculable de projets de romans (et de séries!) que je n’ai jamais achevés. Au départ, mes abandons étaient liés à des problèmes de ton, de prose, de clichés, d’univers. Je ne maîtrisais pas encore les bases de l’écriture de fiction, et le constater me décourageait rapidement.
(En effet, quel est l’intérêt de terminer un projet qui ne sera pas lisible/publiable, car trop mauvais? Se pratiquer est toujours une bonne raison; mais, si personne ne va me lire, autant me pratiquer en suivant mon envie et mon inspiration, plutôt que de me forcer à poursuivre un projet que j’ai commencé, mais qui ne m’attire déjà plus.)
En 2008, j’ai cependant résolu de « prendre l’écriture au sérieux ». Ce qui, dans ma tête, signifiait : finir un maudit roman. Et là, je me suis heurtée à de nouvelles difficultés :
Une tendance à m’éparpiller dans un nombre de sous-intrigues toujours croissant, un roman à priori « one-shot » dont la longueur finissait par échapper à mon contrôle (en SFF);
Un récit qui changeait d’enjeu, de thème en cours de route, et dont la fin ne répondait donc pas à la promesse du début (aussi en SFF);
Des personnages qui n’avaient plus de raison de se remettre en couple à fin du récit (en romance);
Une enquête dont j’ignorais moi-même la résolution, que j’avais compliquée en l’improvisant, et que je ne savais plus comment dénouer sans que tout retombe comme un soufflé (en policier);
Un récit convenu, que mes bêta-lecteur·ices trouvaient « prévisible » et sans véritable enjeu (en romance contemporaine).
J’ai fini certains de ces récits en me forçant (RIP tous mes premiers jets dont je ne ferai jamais rien 😔), mais, la plupart du temps, dès que je m’apercevais d’un problème de fond aussi grave, cela avait tendance à m’arrêter.
Or, à lire tous les conseils des pros, c’était là le péché capital des écrivain·es! Il ne faut jamais s’arrêter dans un premier jet, aussi mauvais et désespéré soit-il. Il faut toujours le finir. On peut toujours l’améliorer à la révision.
Si tu ressens le besoin de t’arrêter, c’est juste le petit démon sur ton épaule qui essaie de t’induire en erreur. C’est la Résistance, ton perfectionnisme, de la procrastination, un manque de discipline, de persévérance; tu te cherches des excuses… Peut-être parce qu’au fond de toi, tu ne désires pas réellement être écrivaine? 😈
Évidemment, j’avais un terreau fertile pour que ces graines perverses s’enracinent et croissent : on m’a toujours reprochée de m’éparpiller, de ne pas aller au bout des choses (j’ai changé de domaine d’études, lâché ma maîtrise, vécu dans 4 pays différents à l’âge adulte, et je ne suis jamais restée dans une relation plus de 7 mois avant de rencontrer mon mari).
Sans oublier tous les manuscrits inachevés de mon adolescence, preuve irréfutable que ce manque de continuité était peut-être bien chez moi un vrai pattern toxique…
Or, en réalité, les raisons qui me faisaient abandonner un projet à 13 ans (que j’ai citées plus haut) n’étaient pas du tout les mêmes que celles qui me faisaient m’interrompre dans ma lancée à 30 ans. Et, en parlant de ces dernières… aussi variées que soient les situations (et les genres littéraires dans lesquels j’écrivais), elles avaient au fond toutes un point commun, à savoir la même cause : un récit mal structuré.
Mais cela, je ne l’ai pas compris tout de suite…
Structure vs plan
Comme, je pense, beaucoup d’autres écrivain·es, j’ai d’abord commis l’erreur de confondre structure et plan. J’ai cru que, si je me retrouvais presque toujours dans des culs-de-sac, c’était parce que je ne planifiais pas mes histoires — que je les écrivais en « jardinière » (terme emprunté à George R. R. Martin — qui se définit lui-même comme jardinier —, et qui désigne l’un de deux pôles opposés du processus d’écriture : les architectes créent un plan de leur récit avant de l’écrire, les jardiniers, non).
Si j’avais tendance à m’égarer en chemin, si je ne parvenais pas à la destination souhaitée, il suffisait que je fixe mon itinéraire à l’avance pour régler le problème, n’est-ce pas?
Cette confusion était entretenue par le fait qu’au fil des ans, j’ai lu beaucoup de témoignages d’écrivain·es qui, de jardinier·es, sont devenus architectes. Iels racontent comment apprendre à planifier leurs romans les a aidé·es, a amélioré leur processus, l’a rendu plus rapide ou efficace. Sauf qu’il y a un biais invisible dans tous ces récits…
En effet, l’écrasante majorité des écrivain·es débutent sans planifier, surtout s’iels ont commencé à écrire enfant. On est alors guidé purement par l’enthousiasme et la naïveté de l’inexpérience; on n’a ni la prévoyance, ni les compétences, ni la patience de s’y prendre autrement. Il est donc naturel qu’une partie de ces ex-enfants « jardiniers » trouvent plus tard leur bonheur en acquérant la technique qui les rend « architectes ».
Pour autant, il serait faux de penser que de passer de jardinier à architecte est une évolution normale, naturelle ou universelle. De nombreux·ses écrivain·es restent jardinier·es toute leur vie, et cela ne les empêche pas d’avoir du succès.
Et il est tout aussi faux d’en déduire qu’un·e jardinier·e ne peut pas développer ses propres méthodes pour optimiser son processus d’écriture; ou, de même, qu’être architecte est forcément plus « technique » que d’être jardinier·e.
Les 4 types d’écrivain·es selon Ellen Brock
L’une des meilleures ressources et explications que j’ai trouvées sur le sujet est une série de vidéos réalisées par l’éditrice et YouTubeuse Ellen Brock, mais elles sont en anglais. Si je devais les résumer, je dirais que son approche consiste à croiser le continuum jardinier – architecte (ou pantser – plotter en anglais) avec un autre spectre, qu’elle appelle intuitif – méthodologique.
Typiquement, les intuitif·ves sont celleux qui travailleront avec les outils les plus difficiles à objectiver — et donc à enseigner à autrui. Iels sont souvent perçus comme moins techniques, mais, comme on le voit d’après les conseils qu’Ellen Brock est capable de leur prodiguer, ça ne veut pas dire qu’iels n’ont pas leurs propres « trucs et astuces » qui les aident à écrire, ni que leur travail est de moindre qualité!
On peut ainsi être un·e architecte intuitif·ve : c’est quand on tire un bénéfice du fait d’avoir un plan avant de se lancer dans l’écriture, mais que ce plan est conçu de manière intuitive, sans se baser sur aucune méthode ou structure préétablie.
Inversement, on peut être un·e jardinier·e méthodologique : cela signifie qu’on aime se lancer directement dans l’écriture et découvrir l’histoire au fur et à mesure qu’on l’écrit… mais qu’on utilise des structures explicites et objectives comme guides au cours de ladite écriture.
Cette distinction est pour moi primordiale, car elle évite la simplification binaire qui consiste à dire : soit on capable d’écrire sans plan, soit on a besoin d’un plan pour écrire. En effet, on conseille souvent aux auteur·ices débutant·es d’essayer d’écrire avec et sans plan, pour voir laquelle des deux approches leur convient le mieux… Mais si aucune ne convient?
C’est ce qui m’est arrivé entre 2018 et 2022. Incapable d’obtenir un roman potable en écrivant au fil de la plume, j’en ai conclu à tort qu’il me fallait un plan. J’ai donc passé les années suivantes à tenter d’écrire à partir d’un plan… pour ne réussir qu’à prolonger mon blocage et à finir en burnout créatif. 0/10 do not recommend
La seule chose utile que j’ai accomplie durant toutes ces années, c’est de m’instruire à fond au sujet de la structure du récit. Aussi, quand, en 2022, j’ai abandonné mes rêves d’architecture et suis retournée au jardinage, j’avais néanmoins cette structure en tête et, grâce à elle, j’ai pu terminer deux romans (publiables) en deux ans et demi.
Utiliser la structure quand on est jardinier·e
Tu l’auras peut-être compris, je suis une « jardinière méthodologique » (methodological pantser) d’après la typologie d’Ellen Brock. Sa vidéo sur ce type contient d’excellents conseils, mais, s’il fallait en retenir un principe essentiel, ce serait le suivant : tu vas te retrouver bloqué·e souvent (et c’est normal), mais la structure t’aidera à te débloquer.
Si tu vis des blocages d’écriture réguliers, tu dois absolument lire ce qui suit, car le Web est rempli d’opinions et de « solutions » qui pourraient te faire beaucoup plus de mal que de bien. (Je l’ai vécu, cf le burnout susmentionné.)
Il y a toutes sortes de raisons pour lesquelles on peut être bloqué dans l’écriture. Mais je peux te dire une chose : c’est rarement de la paresse ou de la mauvaise volonté de la part de l’auteur·ice. (Et pourtant, ce sont souvent vers ces raisons que se tournent aussitôt nos pensées, lorsque ça nous arrive. Ça, c’est un vrai schéma toxique, et j’aimerais qu’on cesse collectivement de l’alimenter.)
Les raisons les plus communes peuvent se grouper en 3 catégories :
Les raisons internes « légitimes » : tu n’as plus le goût de travailler sur ton texte. Peut-être que tu es passé·e à autre chose, que tu as évolué, qu’il ne te parle plus comme au début. Et, après tout, on n’est pas obligé de finir tout ce qu’on commence… Parfois, la sagesse consiste à savoir quand renoncer, quand changer de cap, quand cesser de tenter de ressusciter un cadavre.
Les raisons extérieures : on les minimise souvent, parce qu’on n’a pas de contrôle sur elles et que c’est douloureux de se sentir impuissant·e. Ces causes extérieures affectent également les personnes différemment, selon leur personnalité et/ou leur âge, leurs circonstances, et on se compare souvent à tort aux personnes moins affectées, en se disant qu’on « ne devrait pas » être autant impacté·e. (Si c’est toi, arrête. Ça ne veut pas dire que tu es « faible », et tu passeras plus vite au travers si tu acceptes que cela a un impact sur toi, sur ta capacité à écrire, que si tu t’obstines dans le déni.)
Les raisons propres au manuscrit : c’est là que ça devient intéressant… Il s’agit cette fois de ton intuition qui te souffle qu’il y a un problème, et qu’il vaut peut-être mieux que tu t’arrêtes pour le régler, plutôt que de t’enfoncer davantage dans la mauvaise direction.
Il y a des personnes qui ne possèdent pas cette intuition, et ne souffrent donc jamais de tels blocages. On les reconnaît au fait qu’iels prennent souvent des airs supérieurs pour affirmer que le blocage d’écriture, le syndrome de la page blanche et tutti quanti, « ça n’existe pas ». (Peut-être pas pour toi, mais tout le monde n’a pas exactement le même cerveau que toi.)
Es-tu bloqué·e, ou juste aux prises avec les doutes?
Je veux aussi distinguer ces blocages de simples doutes, auxquels ils sont fréquemment, et par erreur grossière, assimilés. Tu as sûrement déjà lu que les doutes, c’est normal, et qu’il faut apprendre à les ignorer, à les surmonter pour ne pas se laisser arrêter par eux. Et, au fond, je suis assez d’accord. Si ce ne sont que des doutes et que tu es capable de passer outre, fais-le. (En passant, si ce n’est que ça, ce n’est pas un réel « blocage » selon moi.)
D’après mon expérience, ces doutes ou peurs sont surtout liés aux autres — est-ce que cette histoire va plaire? va-t-on me juger pour avoir écrit ça? et si mon livre ne se vend pas? etc. J’arrive donc généralement à les repousser en me concentrant sur mon intention, sur ma conviction, sur ce que ce texte m’apporte, à moi.
Par contraste, les blocages qui proviennent de mon manuscrit sont issus de désalignements avec ce que je veux écrire. À la rigueur, je me fiche de ce que les autres pensent; c’est moi qui sens que quelque chose ne va pas. Et, en règle générale, je ne le ressens pas comme un doute ni une peur, mais bien comme une certitude, une conviction intime.
Ce qui est délicat, et qui peut de prime abord faire ressembler ce blocage à un doute, c’est qu’on n’est pas toujours capable de l’expliquer en termes rationnels. On sent que quelque chose ne va pas, mais on ne sait pas pourquoi. Alors, c’est facile de se laisser persuader que c’est juste « dans notre tête », un problème imaginaire, et donc un doute ou une peur.
Enfin, la dernière différence, c’est qu’un doute ou une peur se dissout dans l’action. Tu vas naturellement passer à autre chose en agissant, en n’accordant pas de crédit à ces doutes.
Au contraire, si tu tentes d’ignorer ton intuition, de résoudre un blocage par la force, ça va être comme tenter de faire accélérer une auto dont le frein à main est enclenché : à peu près impossible, et ta sensation que quelque chose cloche ne va que s’amplifier; de plus en plus de voyants vont s’allumer sur ton tableau de bord. (Et c’est en forçant encore, malgré tous ces signaux d’alarme, que tu peux te conduire jusqu’au burnout.)
La structure : un remède puissant aux blocages
À défaut d’être la solution miracle, la structure est clairement la compétence la plus utile que j’ai acquise depuis que j’écris. C’est elle qui, désormais, me permet de diagnostiquer la plupart de mes blocages et de les surmonter — et, par conséquent, de finir enfin mes manuscrits.
Voici plusieurs manières dont je l’utilise régulièrement :
Vers le début de chaque projet (soit avant l’écriture, soit après celle des premiers chapitres), je fixe sa longueur totale, la longueur moyenne d’un chapitre, et j’obtiens ainsi un découpage du récit par chapitres, et une certaine idée de ce qui doit se produire dans chacun des chapitres. Cela n’est pas un plan, parce que je ne décide pas (encore) du contenu concret de ce qui va se dérouler. Juste quelque chose comme : chapitre 8, rebondissement; chapitre 20, climax, etc. Rester dans ce cadre m’aide à construire un récit qui fonctionne du premier coup, à gérer le rythme et la longueur de mon manuscrit pendant l’écriture, mais aussi à m’assurer que le thème est clair et exposé de façon logique.
Quand je n’ai pas d’idée spontanée pour la suite du récit (ce qui est fréquent, car je n’ai pas ce genre d’imagination), je me reporte à ma structure pour voir quel type d’évènement correspond à l’endroit où j’en suis, quelle fonction narrative il occupe, et les idées viennent alors beaucoup plus facilement;
Quand j’ai une idée pour une scène suivante, mais qu’elle ne correspond pas à ce que la structure exige à cet endroit-là, cela me permet soit d’écrire dans le désordre et de replacer ensuite les morceaux, soit, plus souvent, de comprendre ce qui doit intervenir avant et de repousser mon idée initiale à sa juste place;
Quand une scène tombe à plat, je l’analyse à la lumière de cette structure pour trouver ce qui cloche, ce qui lui manque, pour pouvoir la réécrire de façon satisfaisante.
Si je reprends ma métaphore du chemin : écrire sans plan, mais avec une structure, c’est un peu comme s’aventurer quelque part avec une carte, mais sans avoir tracé ton itinéraire à l’avance. Tu te laisses inspirer et surprendre par le terrain tel qu’il se révèle à toi, mais tu disposes tout de même d’un plan de la zone qui te permet de te situer en tout temps, de trouver plus vite une issue en cas de passage bloqué.
Et si on n’est pas « jardinier·e méthodologique »?
Si je me base sur la classification d’Ellen Brock, il est évident que bien connaître la structure du récit sera surtout un « game changer » pour un·e écrivain·e qui se sent plutôt méthodologique, qu’iel soit architecte ou jardinier·e par ailleurs. Lea jardinier·e emploiera la structure au fil de l’écriture, comme je l’ai décrit, tandis que l’architecte se basera sur elle pour élaborer son plan et/ou l’ajuster en cours de route.
Cependant, un·e auteur·ice intuitif·ve peut aussi en bénéficier, spécifiquement lors de la réécriture, au moment d’analyser son premier jet ou d’identifier la cause de certains problèmes.
Cela peut également lui servir à trier le bon grain de l’ivraie au moment de la bêta-lecture : malheureusement, peu de bêta-lecteur·ices (même pro) maîtrisent réellement la structure du récit. Par conséquent, iels vont souvent se rabattre sur des ressentis ou des arguments superficiels, non techniques (par ex : ce personnage est trop parfait, ou au contraire a trop de défauts, il n’y a pas assez/trop de scènes qui mettent en scène X ou Y, etc.).
Or, il peut être difficile de distinguer si ce type d’avis est uniquement subjectif, ou s’il est fondé sur une logique humaine universellement partagée. Connaître la structure permet de le déterminer : si cela dissimule un défaut structurel, alors, il est généralement pertinent d’en tenir compte. Dans le cas inverse, tu peux décider de l’ignorer et n’en prendre note que pour orienter ton futur marketing.
Attention toutefois : te remplir la tête de trop de théorie, si tu as une approche intuitive, peut te porter préjudice. Évite d’étudier cela juste avant ou pendant l’écriture d’un premier jet et, si tu le peux, laisse le temps à ton intuition d’assimiler ces notions avant de tenter de les mobiliser. En gros, l’idée est qu’elles puissent ressurgir « naturellement », presque inconsciemment, et non pas que tu te contraignes à les suivre.
Être intuitif·ve n’est pas blanc ou noir
Enfin, juste avant de clore ce dossier, j’aimerais souligner une autre nuance importante : si j’aime beaucoup les types qu’a identifiés Ellen Brock, ceux-ci n’ont pas une valeur absolue ou globale. En effet, ils se rapportent essentiellement à notre capacité à construire une intrigue, à mener un récit du début à la fin. Or, l’écriture ne se limite pas à cela.
J’en ai d’ailleurs touché un mot dans l’introduction : quand on écrit, on doit aussi inventer des personnages, un univers (y compris en contemporain/réaliste!), gérer la narration, la prose, la voix… Et, à tous ces égards aussi, il me semble qu’on peut être plutôt intuitif·ve ou plutôt méthodique.
Ainsi, je me considère comme une écrivaine intuitive, mais pas sur tous les plans : je suis intuitive en ce qui concerne la création de personnages et d’univers, la narration, le style, etc. (Et, de ce fait, je n’utilise pas de fiches personnages ni de questionnaires de worldbuilding; je ne fais pas la chasse aux répétitions ou aux adverbes en -ment, ni n’emploie consciemment aucune autre règle ou méthode objective pour améliorer ma prose. J’écris et révise entièrement au feeling.)
En revanche, pour ce qui est de la construction d’intrigue, de la structure de mes récits… c’est la cata si j’essaie d’y aller à l’intuition, et c’est ce qui m’a bloquée à répétition par le passé, lorsque je m’efforçais de le faire. Je suis donc « méthodologique » sur ce plan-là, et c’est pourquoi découvrir et comprendre la structure du récit m’a été si profitable.
À ton tour, maintenant! 💬 J’aimerais beaucoup que tu me dises en commentaire ce que tu penses être — jardinier·e ou architecte, intuitif·ve ou méthodologique. Et, surtout, si tu n’es pas sûr·e ou que tu as des questions, pose-les-moi pour qu’on essaie d’y répondre ensemble!
Ça m'intéresse toujours d'en apprendre plus sur les méthodes de travail d'autres auteur.ices. De mon côté, je commence souvent avec un bout d'idée et j'écris l'équivalent d'un prologue pour voir si j'arrive à trouver un angle, avant de mettre le tout de côté pour construire un rapide plan assez élastique selon l'une ou l'autre des structures narratives (je préfère celle en 7 points ou encore la quête du héros). Et après, j'écris, en gardant le plan plus ou moins près. Et quand je bloque, je regarde où je suis rendu par rapport au plan initial et c'est généralement à ce moment que je me comprends où j'ai bifurqué vers un cul-de-sac ou encore une nouvelle sous-histoire qui m'éloigne de celle que je veux raconter...
Je n'avais jamais songé à faire la distinction entre structure et plan, c'est super intéressant ça me donne matière à réfléchir pour mon roman, merci 😁