Planifier 2026
On jase de la pertinence de se fixer des objectifs, d’établir des plans, des calendriers ou des stratégies, et à quelles conditions.
C’est la fin de l’année… Le moment est venu de planifier l’année prochaine. Ou pas?
Ces marronniers nous font parfois l’effet d’un passage obligé vide de sens, d’une pression inutile, à l’image des fameuses « résolutions » de la nouvelle année. D’ailleurs, un plan n’est-il pas juste un ensemble de résolutions qu’on ne tiendra pas, et qui nous laissera inévitablement déçu·es à la fin de 2026?
Il se trouve que, personnellement, j’adore planifier… mais pas forcément pour les raisons qu’on s’imagine.
Les plans sont souvent associés à des personnalités très organisées, disciplinées, prévoyantes, fiables. Or, il me semble au contraire que les personnes véritablement disciplinées sont sans doute celles qui ont le moins besoin de faire des plans : je pense à quelqu’un qui serait capable de s’astreindre à écrire tous les jours entre 19 et 20 heures, qu’il pleuve ou qu’il vente. Pas besoin de plan; il lui suffit de continuer jusqu’à ce que le roman soit terminé.
Et puis il y a les personnes comme moi, les « cigales », comme dans La Cigale et la Fourmi… Éparpillées, « artistes », impulsives, adeptes de l’improvisation et de la dernière minute, préférant toujours suivre leur envie du moment plutôt que ce que la sagesse et la prévoyance dicteraient.
Ce type de personne peut s’en sortir dans des contextes qui sont structurés pour elle : l’école, les études (même si… on finit par accumuler beaucoup de nuits blanches et devenir expert·es à demander des délais supplémentaires à nos profs!), ou encore un travail salarié, en présentiel, avec des horaires précis. Le problème, c’est que l’écriture, c’est l’inverse de cela.
Il n’y a aucun cadre, ou très peu : tu travailles de chez toi (ou du lieu que tu veux), tu fais ton propre horaire, tu avances à ton propre rythme, en choisissant tes propres méthodes… Bref, tu es laissé·e entièrement à toi-même, et encore plus si tu es en autoédition ou que tu n’as pas encore trouvé de maison d’édition.
En somme, c’est comme le travail autonome. Et c’est parce que je suis travailleuse autonome depuis 2012 que j’ai bien dû développer des compétences en planification, qui étaient jusqu’alors complètement étrangères à mon fonctionnement. Mais voilà : sans plan, à moins d’être naturellement très discipliné·e, on n’arrive à rien. Ou on arrive à beaucoup moins que ce à quoi on pourrait prétendre.
Et je ne dis pas cela parce que je mets la productivité au-dessus de tout, au contraire. Ce qui m’importe, quand je planifie l’avenir, n’est pas tant d’arriver à certains résultats tangibles que de préserver une forme d’hygiène de vie. On n’a qu’une vie, et je ne veux pas gâcher la mienne dans des activités et des tâches qui n’ont, pour moi, aucun sens, qui ne me nourrissent pas, qui nuisent à mon bonheur plus qu’elles n’y contribuent.
Or, au-delà de nos personnalités individuelles, je crois que c’est une tension qui est de plus en plus présente dans nos vies à tous·tes, alors qu’on est sollicité·es de toutes parts, bombardé·es de distractions et de tentations permanentes. Planifier mon année, c’est donc pour moi la première étape pour reprendre le contrôle, non pas parce que je suis une control freak, mais parce que j’ai trop conscience de toutes les forces adverses qui cherchent activement, intentionnellement à me dérober ce contrôle — et contre lesquelles une résistance tout aussi active et intentionnelle est donc nécessaire.
Enfin, puisque ceci n’est pas un Substack généraliste, mais qu’il prétend s’adresser spécifiquement aux écrivain·es qui veulent faire carrière dans la littérature de genre, le refus de toute planification ne peut à mon avis convenir qu’à des phases temporaires de pure écriture, ou encore à une phase globale de début de carrière. Dès qu’on se met à devoir coordonner des lancements ambitieux avec d’autres personnes, à avoir des enjeux financiers liés auxdits lancements, un certain degré de planification me semble inévitable.
Et, bien sûr, même si la planification est souvent vendue comme un outil de productivité… je veux rappeler qu’elle a aussi l’intérêt et l’emploi inverses, à savoir : éviter le burnout. Comme nous le verrons dans la suite de ce dossier, planifier sert plus souvent, dans la pratique, à écrémer notre to-do list qu’à la rallonger.
Cela dit, si tu n’aimes vraiment pas planifier et que tu aimerais juste assurer le minimum côté marketing, tu n’as peut-être pas besoin de plus qu’un calendrier de promotion flexible (le premier produit que j’ai proposé sur Substack) :
Un calendrier pour vendre en continu
Quand on dit « calendrier », on pense le plus souvent au calendrier des parutions, des nouvelles sorties — ce qu’on appelle en anglais frontlist. Et là, deux problèmes peuvent se poser :
Et, si tu cherches un soutien gratuit, sache également qu’en 2026, je (re)lance les défis mensuels sur mon serveur Discord : chaque mois, tu choisis une tâche ou un objectif prioritaire à réaliser (écriture, marketing, publication), et le groupe viendra te motiver et prendre des nouvelles de ton avancée au fil du mois.
Les objectifs
Le piège des objectifs, c’est de croire qu’il suffit de les fixer pour les atteindre. Tout le monde a ainsi tendance à se figurer que, si on veut quelque chose et qu’on le dit… c’est qu’on va le faire, non? Après tout, ça fonctionne pour des objectifs simples et immédiats, par ex des tâches à effectuer le jour même.
Seulement, il suffit que l’objectif se complexifie et/ou qu’il nécessite un effort soutenu dans le temps, et les processus inconscients qui nous permettent de transformer nos intentions simples en actions… ne sont plus à la hauteur. Ça coince, ça ne suffit pas. Et on se retrouve à la fin de l’année, rendu·es à seulement la moitié, voire le tiers du chemin qu’on espérait parcourir. Alors, à quoi servent vraiment les objectifs, à part nous culpabiliser?
Objectifs qui dépendent de nous… ou pas
Tout d’abord, il est important de distinguer les objectifs qui dépendent majoritairement de nos propres actions — par ex, se mettre devant l’ordi et écrire des mots, ou relire son manuscrit pour y traquer les fautes, ou contacter un·e graphiste pour notre prochaine couverture — de ceux qui n’en dépendent majoritairement pas : par ex, signer un contrat d’édition, le nombre d’exemplaires de notre livre qui vont se vendre, le nombre de personnes qui s’abonnent à notre infolettre.
Il faut faire très attention aux seconds, puisque, comme leur catégorie l’indique, on n’a pas de contrôle direct dessus. Se fixer de tels objectifs comporte donc un risque élevé qu’on ne les atteigne pas… sans qu’on puisse rien y faire.
Dans ce cas, quel est leur intérêt? Honnêtement, si tu es en tout début de carrière et que cela te stresse, tu peux simplement les oublier. Sinon, ils ont tout de même quelques usages, tant que tu prends tes précautions :
Garde bien à l’esprit que tu prends un risque, que le résultat est très incertain, et promets-toi de ne pas te culpabiliser de réussir ou pas;
Nous verrons cela plus en détail dans mon prochain guide avec la notion de pacte d’Ulysse, mais tu peux faire dépendre certaines actions précises de certains résultats : par ex, si, à telle date, tes ventes sont en dessous de tel chiffre, tu vas décider de mener une action de marketing en plus, que tu t’épargnerais autrement;
Essaie de transformer tes objectifs externes en objectifs internes : par ex, plutôt que d’avoir comme but de signer un contrat d’édition, tu peux avoir comme but d’envoyer 50 soumissions dans l’année ou de retravailler ton dossier de soumission.
Enfin, les objectifs externes, s’ils sont basés sur des données fiables, peuvent paradoxalement servir à modérer nos attentes et à prévenir les déceptions.
Ainsi, plutôt que de t’imaginer « ça y est, je suis publié·e, je vais vivre de ma plume », tu peux faire le calcul réel du montant que tu touches sur chaque vente de ton livre, estimer un nombre de ventes qui te paraît raisonnable (selon ton genre littéraire, ta maison d’édition, ton tirage), et en déduire ce que tu penses gagner à la fin de l’année. Malheureusement, il y a de grandes chances pour que ça ne suffise pas à te faire vivre…
Et, si tu veux aller au bout de cette logique, je te conseille mon fichier Excel de compta/budget pour 2026, qui te permettra de simuler tous tes revenus et toutes tes dépenses liées à l’écriture, et donc tes profits réels au bout de l’année :
Gérer son budget et sa trésorerie en tant qu’écrivain·e
Pour conclure ce module sur l’argent, je tenais à te proposer une solution concrète pour t’aider dans la gestion financière de ton entreprise.
Pour le reste de ce dossier, nous allons néanmoins nous focaliser sur les objectifs qui dépendent (principalement) de nous. Sans attendre, voyons comment on peut faire le pont entre notre but lointain et complexe (comme « publier un roman qu’on n’a pas commencé à écrire ») et les actions requises pour y arriver!
Le plan
Le plan est un élément crucial du processus. Ce que j’entends par plan, c’est la décomposition de l’objectif en tâches concrètes.
Si je reprends mon exemple, publier un roman, cet objectif peut inclure : l’écriture du texte (que tu peux encore décomposer en jets successifs ou bien en chapitres, selon ton approche), la bêta-lecture, les corrections à partir des retours de BL, la recherche de maisons d’édition, la composition des différents dossiers de soumission… (Si tu songes à t’autoéditer, sache que je prépare une « checklist » complète de tout ce qu’il faut accomplir pour publier un manuscrit — et du temps que ça me prend. 😉)
Pour être réellement opérationnel, ton plan doit inclure une estimation du temps nécessaire pour chaque tâche, ainsi que les liens logiques entre elles : par ex, puisque tu as besoin d’indiquer l’ISBN du livre dans l’ebook, tu sais que tu dois obtenir l’ISBN avant de pouvoir finaliser ton fichier (tout ça sera aussi dans la checklist).
Si tu n’as jamais fait ça et que tu n’as donc aucune idée du temps que ça pourrait te prendre, pas de panique! Je te conseille dans ce cas de garder une trace du temps que tu passes à chaque tâche, afin de pouvoir t’y référer la prochaine fois. N’oublie pas qu’une carrière est une entreprise de longue haleine, et que tu vas devoir répéter le processus de nombreuses fois avant d’avoir des résultats… La première sert juste à baliser le terrain pour la suite.
Normalement, un plan est un outil relativement objectif. Il n’y a pas de raison pour que tu ne le suives pas; ça signifierait par ex que tu as publié ton roman sans couverture, ou que tu as fait ta bêta-lecture avant de finir ton manuscrit… Ce qui serait assez étrange. Cependant, tu peux inclure à ton plan des étapes facultatives, que tu ne feras que si tu as le temps (notamment pour ce qui concerne le marketing, la com’, la vente ou différents formats).



