La vie est une fiction

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La SFFF, c’est quoi?

SFFF : science-fiction, fantasy, fantastique. Aussi appelés « littératures de l’imaginaire ». Mais, concrètement, c’est quel type d’histoires?

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Jeanne
févr. 09, 2026
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Durant les onze prochaines semaines, ce Substack va plonger au cœur de l’écriture de romans d’imaginaire (ou SFFF), en abordant toutes ses facettes l’une après l’autre! Ce n’est pas ton genre de prédilection? J’espère malgré tout que tu trouveras de l’intérêt dans ces réflexions, qui peuvent parfois s’appliquer ou s’adapter à d’autres genres.

Bien que je sois désormais mieux connue pour mon expertise en romance — ce qui est normal, puisque j’ai eu une maison d’édition spécialisée en romance pendant des années, et la romance est ce que j’écris majoritairement moi-même —, savais-tu que mon lien à la SFFF, ou littératures de l’imaginaire, était encore plus ancien?

Aux origines…

Enfance

Je suis devenue une grande lectrice dès l’instant où j’ai su lire, et les histoires pour enfants relèvent, après tout, plus souvent de l’imaginaire que de la romance. Des contes de fées à Roald Dahl, en passant par les Contes du chat perché de Marcel Aymé ou, en littérature québécoise, Les princes ne sont pas tous charmants de Sylvie Desrosiers, le fantastique était partout, sans même être différencié ou désigné comme tel. À dix ans, mon roman préféré était Le roi Arthur, de Michael Morpurgo.

La première fois que je me rappelle avoir formulé explicitement un goût pour la SFFF, c’était en CM2 (équivalent de la 5e année). Mon prof m’a demandé quels genres j’aimais : policier, historique, science-fiction…? Je suis rétrospectivement étonnée d’avoir répondu « science-fiction », mais je suppose que j’exprimais plus par là une curiosité qu’un état de fait — je me souviens d’un seul roman jeunesse de SF qui m’avait plu alors, et j’avais le goût d’en lire plus.

Le premier livre que je me souviens d’avoir lu en ayant conscience que c’était de la SFFF est Niourk, de Stefan Wul. Le twist de fin, qui est pourtant contenu dans le titre, m’a beaucoup marquée. Après ça, j’ai découvert Jules Verne en cours de français, puis Asimov et d’autres auteur·ices de SF dont j’ai hélas oublié le nom (même Asimov, je ne l’ai retrouvé que plus tard, en faisant le lien avec la nouvelle Robbie, dont seule l’histoire m’était restée).

Adolescence

Mais cette période (vers mes 11-12 ans) est aussi celle où nous avons finalement acquis une télévision… et où j’ai vu le film 2001, L’Odyssée de l’espace, de Kubrick. Et c’est cela, ultimement, qui m’a lancée dans l’écriture de SF.

Bien sûr, je dois aussi mentionner le YA que je lisais à l’époque : R. L. Stine et Christopher Pike notamment (je préférais Pike), qui étaient traduits en français dans la collection Peur bleue de J’ai Lu. Certains romans relevaient du contemporain réaliste (c’était la mode des slashers pour ados et jeunes adultes), mais il y avait aussi dans le lot des histoires d’extraterrestres qui prennent l’apparence d’une fille sexy au lycée, et tu ne sais pas si elle veut te tuer ou t’embrasser (ça dépendait des fois).

En tout cas, je souffle fort à chaque fois que j’entends dire que le YA serait un phénomène récent, datant de la fin des années 2000… parce que beaucoup de ces bouquins-là ont été écrits dans les années 1980, et qu’on les trouvait en français dès les années 1990 (et oui, c’était déjà explicitement désigné comme du « Young Adult », puisque cette étiquette est utilisée depuis les années 1960 dans l’édition américaine — ni son existence ni son succès n’est nouveau!).

Découverte de la fantasy

La fantasy, elle, est venue plus tard… via un évènement culturel qui est davantage de ma génération : l’adaptation du Seigneur des anneaux par Peter Jackson en 2001, évidemment. Ce qui est intéressant, c’est que je n’avais littéralement jamais entendu parler de cette œuvre avant. C’est une amie qui m’a traînée à la séance de cinéma; je n’en attendais rien (je crois que j’avais alors un préjugé général contre la fantasy… peut-être lié au fait que j’ai été terrifiée à 6 ans par le film Willow), et… ça m’a plu.

Assez pour que je passe mes vacances de Noël à lire les trois tomes de J. R. R. Tolkien — même si, à ce moment-là, je n’ai pas su tout apprécier —, et que je décide de donner une ambiance un peu plus « fantasy » à mon projet d’écriture du moment, qui tendait jusque-là davantage vers la SF (tu sais, le grand projet de saga fantastique et épique en 5 tomes sur lequel tu bosses durant toute ton adolescence et que tu as réécrit ou tenté de réécrire huit fois? on en a tous·tes un, n’est-ce pas? 😜).

Pour autant, je ne me suis pas « mise » à la fantasy… Et j’ai continué assez longtemps d’être davantage inspirée par des œuvres de SF — par exemple, les premiers films de James Cameron comme Terminator, Aliens, Abyss, c’était complètement ma came, pile le type d’histoire que j’aspirais (et aspire toujours) à raconter. Pas très étonnant, avec le recul; il y a toujours une petite histoire d’amour dans les histoires de Cameron…1

Une fois adulte, j’ai fait des études qui comprenaient des cours de littérature centre-européenne, et je me suis intéressée à des courants plus littéraires comme le surréalisme, mais aussi aux mythes et au folklore slaves. J’avais beau être entourée d’amateurs de SFFF, de mangas, d’animés, de JDR, de GN, tout ça me passait un peu au-dessus.

Retour à la SFFF… et à l’écriture

Il a fallu attendre un voyage au Japon avec un ami (aujourd’hui libraire dans une librairie spécialisée en SFFF à Lyon), en 2009, pour que je redonne une chance à la fantasy. Nous n’étions qu’au milieu de notre séjour et nous avions tous les deux fini notre roman. Il en avait prévu deux, mais le début du second (La Horde du Contrevent) ne l’emballait pas plus que ça. Alors, dans le train pour Nagano, il m’a prêté Perdido Street Station, de China Miéville, et je lui ai refilé Outlander, de Diana Gabaldon (il y a quand même un voyage dans le temps, techniquement c’est de la SF…).

C’est aussi la période où je me suis remise à l’écriture et, même si la romance m’intéressait déjà, la communauté d’écrivain·es de SFFF était beaucoup plus développée, plus active et plus professionnalisée (j’en ai déjà parlé, mais, puisqu’aucun éditeur francophone ne publiait de romance, pas grand monde n’écrivait de romance en français non plus… et encore moins « sérieusement »). Ce qui m’a menée à faire mes premières armes d’écrivaine en SFFF, et non en romance.

J’ai participé à mes premiers concours et appels à texte avec des nouvelles de fantastique et fantasy, et à mon premier NaNoWriMo en 2011 avec un projet de pure fantasy épique. Le premier roman que j’ai réussi à terminer, en 2016, était aussi de la fantasy (une histoire d’Orques rebelles au régime du « Evil Overlord »), et le premier roman que j’ai finalement publié est moitié romance, moitié fantasy urbaine, question de couper la poire en deux.

De 2022 à 2024, j’ai aussi eu une maison d’édition qui a édité des titres en fantastique, fantasy urbaine et SF. Et, bien sûr, je m’implique aujourd’hui comme bénévole dans l’organisation du Congrès Boréal, un évènement québécois consacré aux littératures de l’imaginaire. Bref, voilà mon pedigree! Mais ce n’est pas juste pour te parler de moi que j’écris aujourd’hui. Tu le sais, mon dada, c’est la structure… Et ma prochaine masterclass va donc logiquement être dédiée à la structure d’un roman d’imaginaire (ou de SFFF).

La difficulté spécifique à l’imaginaire

Mais, pour cela, il faut d’abord s’entendre sur ce qu’est la SFFF, ce qu’est l’imaginaire. Pas au sens de ce qui définit et différencie ses trois genres principaux, la science-fiction, la fantasy et le fantastique : la discussion sur la magie et la spéculation est prévue pour dans deux semaines; celle sur les nombreux sous-genres qui se sont développés en SFFF, dans quatre.

Non, je pense à ce qui définit la structure d’un roman (voire d’une saga) de SFFF. Qui dit structure dit intrigue, type d’histoire, enjeux… Et c’est là que ça se complique. Car l’imaginaire, contrairement à d’autres genres comme le policier, la romance, l’horreur… n’a pas de type d’intrigue unique et assigné. En polar, il y a toujours un mystère qu’on cherche à résoudre; en romance, une relation amoureuse qui doit se construire; en horreur, un danger effrayant auquel on cherche à échapper…

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